Blog et veille internet en Maurienne
Etats généraux de l’Industrie en Savoie
Contribution de Roger FAVIER,
maire de la commune de Le Châtel
Et de quelques autres élus de la vallée de la Maurienne.
Je vais vous évoquer un scénario catastrophe.
Le premier février 2013, le groupe Rio Tinto Alcan, faute d’un accord avec EDF concernant son prix de l’énergie annonce la fermeture de l’usine d’aluminium de Saint Jean de Maurienne. Celle-ci, après en avoir totalisé encore plus de 700 emplois en 2008, licencie les derniers cinq cent travailleurs qui avaient survécu ou résisté aux précédentes vagues et aux suppressions de postes de 2009 et 2010. C’est un traumatisme pour toute la vallée de la Maurienne, pourtant berceau de l’électricité. Elle voit ainsi, emplois directs et indirects compris, son potentiel d’emplois dédié à l’industrie ou en dépendant diminuer de prés de 3000 unités. Le député brillamment réélu en 2011 évoquera, à nouveau, l’imminence du chantier du Lyon-Turin ; d’autres élus évoqueront comme un leit-motiv les perspectives du tourisme ; d’autres, enfin, se réfugieront dans l’évocation historique de la splendeur industrielle passée. La Maurienne pourra-t-elle s’en remettre ? mais peut-être n’est pas là le plus grave.
Dans la foulée, le LRF (Laboratoire de Recherches et de Fabrication), ne pouvant plus mettre en musique, le lien existant entre recherche, recherche appliquée et fabrications ferme, à son tour, ses portes, entrainant dans sa chute le laboratoire de Voreppe. Les dossiers , les brevets, les projets de ces deux unités sont dispersés et transférés au Canada, en Australie ou en Afrique du Sud.
Quatre plus tard, au début de l’année 2017, l’usine de Dunkerque, toujours pour les mêmes raisons énergétiques, mais aussi parce qu’économiquement il n’y a plus une véritable « masse critique » pour constituer une véritable « filière aluminium » française, voire européenne, à son tour, se restructure, ferme ses portes et licencie le millier d’opérateurs présents sur le site, enterrant du même coup les savoir-faire et une longue épopée industrielle commencée, il y a plus d’une centaine d’années.
Deux ans plus tard, aux environs de 2020, la France toujours engagée dans une industrie aéronautique plutôt dynamique, ne réussit plus à trouver d’aluminium sur le marché mondial pour construire ses Airbus : il est trop cher aux Etats-Unis, chez Alcoa, qui privilégie Boeing. Il est aussi trop cher au Canada, chez Rio Tinto Alcan qui continue son jeu de spéculation sur les produits et les matières premières. Il est de trop mauvaise qualité chez les Russes de Rusal et chez les Chinois. Du coup, c’est le drame chez nos avionneurs. C’est aussi le drame dans l’aéronautique, chez les constructeurs automobiles et dans plein de secteur de l’industrie stratégique ou de pointe.
Et pourtant, plus de 80 % des cuves électrolytiques installées dans le monde auront été conçues et pensées à Saint Jean de Maurienne.
En fait, ce scénario catastrophe a déjà commencé. Très exactement le 13 octobre dernier, lorsque le groupe Rio Tinto Alcan a annoncé la suppression de 320 emplois en France dont 179 en Maurienne.
Rien ne permet de dire, aujourd’hui, qu’il ne sera pas suivi.
Le premier janvier 2008, Nicolas Sarkozy, Président de la République, lors de sa grande conférence de presse avait pourtant affirmé : « J’ai encore au travers de la gorge Péchiney ». Et nous donc. Et les trois mille savoyards, désormais sur le carreau.
Et pourtant depuis, ce mois d’octobre dernier, les cris de révolte, les appels au secours, à la raison n’ont pas manqué. Manifestations et interpellations des politiques se sont poursuivies. En vain. Visite chez M. Estrosi, Ministre de l’Industrie, chez M. François Fillon, Premier Ministre, interpellations des uns et autres par Michel Bouvard, questions écrites de Thierry Repentin à Mme Lagarde, Lettre à Nicolas Sarkozy par le député européen Vincent Peillon, par le sénateur savoyard Jean-Pierre Vial.
En réponse, rien … Si, juste un peu de compassion.
Mais en réalité, la Maurienne et la France n’ont pas besoin de compassion, mais d’un projet industriel et de vraies perspectives.
En fait, la solution à ce problème, l’antidote au scénario catastrophe annoncé existent.
Il suffit que l’Etat réunisse autour de la table EDF, dont il est actionnaire à 85 % et le groupe Rio Tinto Alcan, qui y est prés, et que sous son autorité se construise un contrat « donnant-donnant », « gagnant-gagnant » dans lequel EDF s’engage à fournir à Rio Tinto Alcan, une énergie à un coût économiquement acceptable et que ce groupe, en contrepartie, s’engage à investir en France, à y maintenir ses emplois. Un montage que les Canadiens ont réussi à faire lorsque Rio Tinto a engagé son OPA sur Alcan.
Moins spectaculaire que Cophenhague, mais plus déterminant pour sauvegarder une industrie en France.
Il faut juste un peu de bon sens, de courage politique, de vision de l’avenir et de volontarisme.
Ainsi on pourrait ainsi éviter le « tsunami économique » qui barre l’horizon.
Le 16 décembre 2009
Roger FAVIER
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NDLR : remerciements à MM FAVIER, CHEMIN et MEINDRE
Texte paru dans La Maurienne du 11 février
Lire également l’édito de Daniel Meindre : Dans quelle ville désirons-nous vivre ?
Lire également l’edito d’Alexandre Modesto
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François CHEMIN
16 février 2010 à 16 h 05 min
Roger FAVIER qui a connu toutes les évolutions de l’usine de St Jean de Mne depuis les années 70, sait combien la perte de ce fleuron de l’industrie française serait catastrophique pour la vallée et peut être même plus. J’apprécie son analyse fine de la situation. fc