En 2006, le photographe anglais Rip Hopkins réalisait un reportage photographique « Steel men » avec les salariés de l’usine Soudalp.

A l’époque il écrivait…

L’usine d’acier Soudalp est dans la vallée de la Maurienne en Savoie près de la frontière italienne. L’année dernière Soudalp avait 127 salariés, aujourd’hui il en reste 35. L’entreprise a vu trois dépôts de bilan et a changé de mains et de nom trois fois. Elle subit la concurrence des pays de l’Est et de la Chine, donc elle sous-traite en Roumanie et licencie par paquets de neuf pour s’adapter à la mondialisation. Remorques de convoi exceptionnel, tracteurs d’avions, élévateurs de nacelles, mâchoires d’engins de démolition, supports d’échelles de pompiers sont fabriquées ici à partir de plaques d’acier épaisses de dix centimètres, pesants plusieurs tonnes.

La petite équipe de Soudalp paraît bien dans sa peau. Des salaires satisfaisants par rapport à ceux de la vallée. Il y a un sentiment d’appartenance à une classe ouvrière à l’ancienne, à l’aristocratie du travail manuel. Ils parlent de la manière dont on « dresse » une pièce comme un peintre ou un musicien parlent de leur œuvre. La chaudronnerie est l’ébénisterie de la ferraille : quand vous chauffez une pièce pour la dresser, lui donner sa forme, vous êtes l’ébéniste. En même temps le travail est physique, peu valorisé, salissant, mal payé où on laisse un peu de soi. Il est rare que tout le monde ait tous ses doigts.

J’ai photographié tout le monde assis. Il n’y a que cinq chaises dans l’usine et elles datent des années soixante-dix. J’en ai pris une. Les employés sont mal à l’aise assis car ça ne se produit rarement, ils s’assoient dans l’usine que pour mettre leurs chaussures. J’ai voulu mettre en évidence le décalage entre un environnement de travail et une posture, qui nous est parfaitement normale, mais étranger à ceux de Soudalp.

Soudalp, c’est maintenant fini. L’entreprise a définitivement fermé ses portes le mercredi 29 avril. Ne reste plus  que ce témoignage photographique… Rip Hopkins reviendra t’il saisir ces instants de la vie industrielle de notre vallée ? Rien n’est moins sûr au su de la conjoncture actuelle, particulièrement difficile pour les steel (wo)men de notre vallée. Peut-être faut il orienter notre vallée vers d’autres formes d’industries… certains y pensent. Tous les acteurs de la vallée, nous tous, sommes concernés…  Chaque journée apporte son lot d’interrogations sur l’avenir de la vallée. Entre optismisme… et pessimisme…

L’optimisme c’est évidemment l’annonce du projet  First Solar- EDF-EN, projet de construction de la plus grande usine de panneaux photovoltaïques qui viendrait s’installer en Rhônes Alpes. L’installation dans la vallée de la Maurienne a été évoquée…

Le pessimisme c’est bien entendu l’échec des négociations du 17 septembre à l’usine Rio Tinto Alcan de Saint Jean de Maurienne et l’ultimatum posé par la direction aux salariés quant à la fermeture de 28 cuves… Le pessimisme c’est encore la rumeur de délocalisation de la production chez Spirel à Saint Rémy de Maurienne ou l’arrêt des fours chez Ferropem et le chômage technique probable pendant la saison hivernale.

Nul doute que tous ces points seront abordés demain 19 septembre à l’occasion d’un Comité exceptionnel du Syndicat du Pays de Maurienne consacré à la thématique de l’emploi dans notre vallée.